Petit glossaire (non-exhaustif) du féminisme intersectionnel

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Collaboration pour letslookafter

Quand on vous dit féminisme, vous pensez Femen ou Chiennes de garde ? Vous causez égalité salariale et culture du viol mais vos interlocuteurs rétorquent qu’ils n’ont pas lu Simone de Beauvoir ? Il est temps d’élargir vos perspectives et/ou celles de vos proches. Bonne nouvelle ! Letslookafter vous propose un petit glossaire du féminisme intersectionnel afin d’enrichir son vocabulaire en même temps que ses idées.

Mais tout d’abord…

Le féminisme intersectionnel, késaco ?

Il consiste tout simplement à remettre en perspective le féminisme mainstream, c’est-à-dire « le » féminisme considéré comme universel, en rappelant que celui-ci est avant tout issu d’une majorité de femmes blanches, occidentales et/ou issues de classes sociales aisées. Sans s’opposer pour autant au féminisme mainstream, le féminisme intersectionnel pose un regard critique sur ce dernier et souligne que tous les groupes de femmes ne sauraient s’y retrouver. Il n’y a en effet pas un mais bien des féminismes. Le féminisme intersectionnel, c’est prendre en compte les particularités des oppressions sexistes que subissent certaines femmes en tenant compte d’autres facteurs de discrimination que le genre : l’origine sociale, ethnique ou la religion par exemple.

Intersectionnalité

Le concept a l’air tout neuf mais détrompez-vous, en dépit de sa médiatisation récente, il n’est pas né de la dernière pluie. Inventé par Kimberlé Crenshaw en 1991, il consiste à prendre en considération la situation des individus et des groupes subissant plusieurs formes d’inégalités ou de stigmatisation : racisme, sexisme, âgisme, classisme, homophobie, transphobie, capacitisme… (Vous trouvez que ça fait beaucoup ? Nous aussi !)

Afro-féminisme et Black Feminism

L’afro-féminisme puise ses racines dans le mouvement du Black Feminism, popularisé aux Etats-Unis dans les années 1970. Tout comme lui, il part d’un constat : les femmes noires sont les grandes absentes à la fois des luttes pour les droits des femmes (où l’on retrouve une majorité de femmes blanches), et de celles pour les droits des Noirs (initiées en majorité par des hommes). Il a donc pour objectif de remédier à cette invisibilité, notamment en faisant entendre la spécificité des expériences vécues par les femmes noires. Il se distingue du Black Feminism dans la mesure où il s’attarde plus particulièrement aux réalités et aux enjeux liés à la diaspora afro-européenne et afro-américaine, dans une perspective postcoloniale (un autre chouette mot à connaître). L’une de ses figures de proue est l’activiste Bell Hooks.

Féminisme musulman et féminisme islamique

Le féminisme musulman, contrairement aux apparences, est laïque. Il consiste tout simplement à défendre les droits des femmes musulmanes, pratiquantes ou non, portant le foulard ou non. Celles-ci sont en effet confrontées non seulement à des discriminations sexistes mais aussi racistes et liées à leur-s culture-s et religion d’appartenance, dans un contexte où les discours et les comportements islamophobes se normalisent, aussi bien dans l’opinion publique qu’à un niveau institutionnel.

Le féminisme islamique, quant à lui, s’en rapproche mais est davantage le fait de musulmanes pieuses et érudites qui ont choisi d’adopter une perspective théologique afin de démontrer que l’islam, par essence, prône l’égalité des sexes.

Féminisme autochtone

Le féminisme autochtone est un mouvement militant issu plus particulièrement des femmes appartenant aux différentes populations amérindiennes des Etats-Unis et du Canada. Il est étroitement lié aux enjeux de décolonisation et d’autodétermination des peuples autochtones, et, comme l’afro-féminisme, prend également en compte les discriminations à la fois de genre, d’ethnie et de culture que subissent les femmes autochtones. Au Canada, elles constituent une population particulièrement vulnérable, au point que l’ampleur des agressions, meurtres et disparitions dont elles font l’objet soit qualifiée de massacre et ait poussé à l’ouverture d’une Enquête nationale.

Féminisme asiatique

Le terme s’est fait connaître aux États-Unis via le mouvement des Sad Asian Girls, dénonçant l’inconfort identitaire et la double oppression vécue par les jeunes femmes américaines d’origine asiatique, tiraillées entre les « standards culturels asiatiques » d’une part, et les discriminations subies au sein d’une société à domination blanche et mâle d’autre part.

Il peut toutefois sembler réducteur, et ne doit pas gommer les particularités des idées défendues par les féministes issues des différents pays d’Asie, de l’anarchiste et féministe japonaise Kanno Sugako (exécutée en 1911) à la jeune slameuse indienne Aranya Johar.

Femmes racisées

Le terme « racisé-e » était à l’origine utilisé par les universitaires et chercheurs en sciences sociales. Il désigne, pour reprendre la définition donnée par le site Etatdexception.net, des « personnes (noires, arabes, roms, asiatiques, musulmanes, etc.) renvoyées à une appartenance (réelle ou supposée) à un groupe ayant subi un processus à la fois social et mental d’altérisation sur la base de la race. » Plus simplement, il désigne des personnes que l’on va considérer, en fonction de sa propre appartenance ethnique et culturelle, comme « autres ».

Epistémicide

Terme co-inventé par la chercheuse Fatima Khemilat, il désigne le processus par lequel un savoir issu de ou relatif à des groupes dominés (femmes, autochtones…) va être annihilé ou rendu intelligible par le groupe dominant. L’épistémicide s’exerce à l’échelle de l’Histoire et prend fréquemment sa place dans un contexte de colonisation, illustrant une nouvelle fois le triste adage selon lequel « l’histoire est écrite par les vainqueurs ».

Allié-e

Celui-ci n’est pas compliqué mais c’est peut-être le plus crucial à comprendre. Une-e allié-e, c’est une personne a priori pas ou peu concernée par les luttes propres à l’intersectionnalité mais qui décide d’y contribuer de façon empathique et constructive. Qu’est-ce qu’être un-e bon-ne allié-e ? Les articles ne manquent pas à ce sujet mais, pour résumer, cela consiste essentiellement à faire preuve d’écoute et d’humilité, et à ne pas avoir peur de remettre en question ses propres biais ni de reconnaître ses propres privilèges.

Vous avez des mots à suggérer ? Des connaissances sur le féminisme latino-américain ou toute autre notion que nous n’avons pas (encore) abordée ? Ecrivez-nous ou exprimez-vous dans les commentaires !

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