Du yéti à l’okapi, la cryptozoologie toujours d’actualité

Par Ulysses Aldrovardi, Monstrorum historiae
Par Ulysses Aldrovardi, Monstrorum historiae

Yéti, kraken, ogopogo… autant de créatures à l’existence incertaine (cryptides) dont une branche controversée de la zoologie se propose de percer les secrets. Pseudoscience pour les uns, démarche rigoureuse pour les autres, la cryptozoologie compte de réelles découvertes à son actif. Peut-on allier la poésie du mystère et l’impératif de scientificité ? À l’heure de Google Maps et du positivisme à tout crin, les cryptozoologues semblent suggérer que cela est non seulement possible, mais aussi nécessaire.

Du grec kryptós (caché), zỗ̩on (animal) et lógos (étude), « l’étude des animaux cachés » a été fondée en 1955 par le zoologue belge Bernard Heuvelmans (auteur de l’ouvrage Sur la piste des bêtes ignorées). Elle est définie par le Grand dictionnaire terminologique comme une « science qui tente d’étudier objectivement le cas d’animaux seulement connus par des témoignages, des pièces anatomiques ou des photographies de valeur contestable ». Si elle ne constitue pas un domaine professionnel reconnu, elle compte néanmoins de nombreux amateurs à travers le globe. Ceux-ci, réunis en communautés essentiellement virtuelles, débattent  du caractère sérieux ou douteux des dernières trouvailles laissant présager une espèce animale non répertoriée.

Sur la piste des licornes

Le parfum de merveilleux flottant autour des animaux inconnus explique peut-être en partie l’intérêt du public. Régulièrement, l’apparition d’un prétendu « monstre » dans une région reculée du globe suscite l’engouement éphémère des curieux et de certains médias. De plus, les sites spécialisés dans le paranormal et faisant allusion à la cryptozoologie fleurissent sur Internet.

Ses adeptes les plus fervents affirment cependant s’inscrire dans une démarche tout à fait cartésienne. Parmi eux, Michel Raynal, physicien-chimiste et cryptozoologue français, animateur de l’Institut virtuel de cryptozoologie en collaboration avec l’Association Belge d’Étude et de Protection des Animaux Rares (ABEPAR). Pour ce quinquagénaire passionné de cryptozoologie depuis ses 20 ans, la discipline conjugue rigueur scientifique et ouverture d’esprit face à la nouveauté, deux valeurs qui lui sont chères.

Mais aux yeux des plus sceptiques, ce goût pour l’inconnu et les créatures cachées confine au mieux à la naïveté, au pire à la manipulation. En témoigne le legs controversé du défunt Jacques Boisvert, fondateur de la Société internationale de dracontologie du lac Memphrémagog, au Québec. Plongeur émérite, ce Magogien n’aura eu de cesse de sonder l’étendue d’eau à la recherche des traces de « son » monstre aquatique, baptisé Memphré. Si certains ont loué sa détermination et l’attention qu’il a ainsi attirée sur la ville de Magog, d’autres n’y ont vu que folie des grandeurs et marketing éhonté (Coulombe et Santschi, Québec sceptique, numéro 36, hiver 1996).

À ceux qui croiraient les cryptozoologues dépourvus de tout discernement, M. Raynal oppose une analyse rigoureuse des faits. Il exprime ainsi des doutes quant au bigfoot d’Amérique du Nord. « La question de son existence est hautement problématique, notamment en l’absence de primate fossile dans cette région depuis plus de 20 millions d’années ». Il réfute également sans hésiter la présence du fameux Nessie écossais. « Je suis convaincu qu’il n’y aucun animal inconnu dans le Loch Ness ! » affirme-t-il.

Quant aux créatures pseudo-fantastiques régulièrement écloses dans les médias à sensations, M. Raynal n’y prête aucune foi et blâme le « « syndrome twitter » du journalisme moderne, « où l’investigation et la réflexion sont oubliées au profit de l’instantanéité ». Il règle également son compte au mystérieux monstre marin vietnamien dont la vidéo a abondamment circulé sur le Net en novembre dernier. « Il ne s’agissait que d’une baleine en décomposition », affirme-t-il.

De fait, l’activité de cryptozoologue comporte une bonne part de tri entre informations pertinentes et canulars ou autres légendes urbaines.

Au-delà des mythes, la science

Éric Joyet, âgé de 53 ans et originaire de Belgique, est le fondateur du Portail francophone de cryptozoologie. Il organise également des recherches de terrain et a créé le premier colloque sur ce thème en Europe francophone. Pour ce diplômé en sciences sociales, par ailleurs guide-nature et accompagnateur de randonnée, « il n’y a rien d’insolite dans la cryptozoologie, aussi appelée zoologie prédictive. C’est son côté scientifique qui m’attire ». Il déplore par conséquent le fait que la cryptozoologie soit trop souvent classée parmi les pseudosciences et au côté de domaines liés au paranormal, avec lesquels elle n’a rien en commun selon lui.

M. Raynal, quant à lui, compte à son actif la publication d’une cinquantaine d’articles dans des revues cryptozoologiques mais aussi de vulgarisation scientifique ou encore de recherche – telles que AquaticMammals. Il participe régulièrement à des colloques en tant que conférencier et prépare une « formation sur les bases théoriques de la cryptozoologie » qui se tiendra en Belgique en juillet 2014.

M. Raynal souligne au passage les apports permis par la cryptozoologie, notamment la découverte marquante de l’okapi en 1901 ou encore celle de l’oiseau mystérieux d’Hiva-Oa dans les îles Marquises en 1981. Il estime également que « l’utilisation de plus en plus fréquente de tests ADN  sur des fragments anatomiques (poils, taches de sang…) va permettre à la cryptozoologie de faire progresser nombre de dossiers, ou au contraire d’éliminer quelques cas douteux ».

S’il est difficile de se prononcer sur les découvertes à venir, le spécialiste accepte toutefois de désigner quelques « dossiers solides, car étayés par des preuves circonstancielles (indices concomitants) » : le yéti de l’Himalaya, le rhinocéros de forêt africain, le mapinguari d’Amazonie et le waitoreke de Nouvelle-Zélande. M. Joyet, de son côté, croit que le bigfoot et le yéti seront les prochaines reconnaissances importantes en zoologie et anthropologie : « J’ai découvert des empreintes à attribuer incontestablement au bigfoot /sasquatch et vécu des évènements qui ne me font nullement douter de la réalité de leur existence. Celle-ci bouleversera sans doute nos connaissances au sujet des origines des primates. »

Mais à l’ère du tout technologique, peut-on encore espérer découvrir de nouvelles espèces de cette ampleur ? Cela ne fait aucun doute pour M. Joyet. « On découvre chaque année des animaux nouveaux, et ces découvertes ne sont pas le fait de satellites. La technologie peut aider, mais il y a toujours des hommes pour la manipuler sur le terrain. »

Même son de cloche du côté de M. Raynal, qui évoque la découverte fréquente de nombreuses espèces d’invertébrés de petite taille mais aussi de vertébrés de taille respectable : « Il y a encore quelques semaines, on a décrit une nouvelle espèce de tapir en Amazonie ! »

Mais pour lui, à notre époque, sa discipline de prédilection revêt une pertinence toute particulière. « Au rythme où l’Homme détruit les milieux naturels, nous avons intérêt à utiliser toutes les ressources à notre disposition afin d’accélérer les découvertes et préserver les animaux inconnus et leurs biotopes avant qu’il ne soit trop tard : la cryptozoologie est un des outils possibles. »



Article par Xuân Ducandas.

Version originale publiée dans le magazine Le Reporter, Volume XIV, numéro 2, mars 2014. L’édition est disponible en ligne à l’adresse suivante: http://ageefep.qc.ca/wp-test/wp-content/uploads/docs/reporter/LeReporterMars_2014.pdf

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Lombrix dit :

    http://www.crypto-zoologie.com pour découvrir la cryptozoologie, le seul site qui en vaut le coup. paranormal et cryptozoologie ne font pas bon ménage

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