La fièvre du cube Rubik gagne Montréal

Crédit photo: Centre des sciences de Montréal
Crédit photo: Centre des sciences de Montréal

Un bruit inhabituel s’élevait hier au sein de l’espace Bernard Lamarre, au Centre des Sciences de Montréal: le cliquetis incessant des cubes Rubik manipulés par des dizaines de passionnés.

La toute première compétition québécoise de résolution du fameux casse-tête y était en effet organisée en partenariat avec l’association Canadian CUBING.

“On est très fiers: jusqu’à présent il y avait seulement des compétitions à Toronto, Vancouver ou Ottawa”, a déclaré Louise Cormier, venue de Rockland (Ontario) et bénévole pour l’occasion mais surtout mère d’une famille de cubeurs acharnés. C’est à l’initiative de sa fille aînée Chantal -employée du Centre- que l’évènement a eu lieu, mais aussi grâce à elle que le célèbre cube est devenu une passion familiale. “Un collègue lui a fait découvrir le cube Rubik. Elle l’a montré à son petit frère Louis, alors âgé de 12 ans. Avec un ami, ils ont commencé à regarder des vidéos Youtube, lire des manuels, apprendre des algorithmes.”

Louis Cormier, aujourd’hui âgé de 15 ans, est champion d’Amérique du Nord de résolution de cube Rubik avec les pieds ainsi que de megaminx (une version dodécaédrique du casse-tête).

Il participait bien entendu à la compétition hier, tout comme son père et son autre sœur Julie, officiant elle en tant que juge.

Entre défi et plaisir

La famille Cormier n’est pas la seule a avoir été gagnée par la fièvre Rubik. Pensiez-vous que le cube multicolore hérité des années 80 était désuet ? Détrompez-vous, il compte encore de nombreux aficionados à travers le monde. Hier matin ils étaient plus d’une centaine, amateurs ou compétiteurs de haut niveau, à s’être donné rendez-vous pour le coup d’envoi de la compétition. Face à un public très concentré et sous l’oeil des juges, les participants se sont succédé par équipes et par types d’épreuves. Le but ? Résoudre le cube le plus rapidement possible, un chronomètre numérique affichant le temps écoulé pour chaque candidat.

Originaires des quatre coins de l’Amérique du Nord, les amateurs de Rubik partagent avant tout le goût du défi. “J’aime le challenge de battre mes propres records, d’être de plus en plus rapide. C’est un peu une obsession pour moi” avoue Ken Brunet, compétiteur résidant à Kingston. Cet employé de ViaRail de 33 ans a appris à résoudre le cube il y a une dizaine d’années. “Au début je faisais ça juste pour le fun, ça me prenait deux ou trois minutes. Puis j’ai appris qu’il y avait des compétitions au Canada et j’ai voulu avoir mon nom sur Internet”, plaisante-t-il. Le pari est néanmoins réussi puisqu’il se classe désormais à la 205e place au niveau national, avec une moyenne officielle de 25,4 secondes pour la résolution d’un cube.

Rowe Hassler, étudiant en informatique et mathématiques de 22 ans, était quant à lui venu spécialement de New York pour la compétition, avec un groupe d’amis cubeurs. Il s’est dit toutefois déçu de ses scores: 10 secondes pour sa résolution la plus rapide, alors que sa moyenne se situe en général à neuf. “Mais je ne suis plus aussi intense que je l’étais avant. Maintenant je fais surtout ça pour le plaisir, quand j’ai du temps libre et aussi pour être avec mes amis. C’est une communauté toujours très sympathique, il y a une belle atmosphère.”

Une passion pour les 7 à 77 ans

Entre jeu, sport et parfois même activité sociale, le cube Rubik est donc une activité plus complète qu’on ne pourrait le croire. La résolution du casse-tête requiert cependant des compétences bien précises. “Il faut de la dextérité, de la vitesse, de l’intuition et beaucoup de mémoire”, affirme Louise Cormier. Des qualités présentes à tout âge si l’on en croit la diversité des participants d’hier, le plus jeune n’ayant que sept ans et le doyen, plus de 70.

Mais comment la passion des cubeurs est-elle perçue par leur entourage?

“C’est vrai que ça attire parfois les moqueries, admet Ken. Le cube Rubik ressemble à un jouet et il est associé à une population d’intellos, un peu nerd. Même si je ne me situe pas dans cette catégorie, mon entourage trouve ça bizarre. On me demande toujours: « Comment peux-tu faire ça? C’est tout le temps la même chose! » Mais pour moi ce n’est pas monotone. C’est vrai que les stratégies sont les mêmes mais il y a un billion de possibilités. Et il faut penser vite, c’est ça que j’aime.”

Rowe apprécie lui aussi le caractère incongru et stimulant de ce loisir. “Peu de monde pratique le cube Rubik. En général, les gens sont impressionnés. C’est le fun car c’est différent à chaque fois, il n’y a jamais deux fois une configuration identique”.

La passion du puzzle coloré peut même mener loin, comme en témoigne Louise Cormier. Arborant une paire de boucles d’oreilles en forme de cubes Rubik (offertes à Noël par son fils), elle confie que la famille voyage beaucoup grâce aux titres de Louis. “On se déplace à travers tout le Canada et les États-Unis pour qu’il participe aux championnats. On est même allés à Bangkok l’année dernière pour le tournoi mondial”

Entre le plaisir du défi intellectuel et celui d’appartenir à une communauté, il semble en tout cas difficile de décrocher du cube une fois qu’on y a goûté. Yeux rivés sur les facettes géométriques et doigts filant à toute allure, les passionnés, entre deux manches, continuaient à s’exercer.

Reportage par Xuân Ducandas

Réalisé le 23 mars 2013 dans le cadre du certificat en journalisme de l’Université de Montréal

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